L'Habitat au Cambodge

 

1) Généralités

     Le Cambodge, pays d'Asie du Sud-Est connaît un climat tropical humide. Ce qui se traduit par une précipitation importante, plus de 1500 mm par an et une température annuelle de 26°C avec une variation ne dépassant pas 4°C. En terme d'habitat la première nécessité est de pouvoir protéger ses habitants de la pluie et de l'humidité. La ventilation va donc jouer un rôle majeur.

     On rencontre au Cambodge quelques grands types d'habitations. On peut distinguer la maison Khmer (maison sur pilotis), les constructions modernes dérivées d'un modèle occidental et les compartiments chinois extrêmement développés en Asie du Sud-Est. La maison Khmer est la maison traditionnelle cambodgienne, c'est donc ce modèle que je développerai par la suite. Je ferais également une présentation du compartiment chinois étant donné son importance dans le pays et en Asie du Sud-Est.

     La maison Khmer est avant tout une maison rurale sur pilotis, faite de bois, de roseaux et de palmes. La véritable différenciation se fait par le toit. On reconnaît alors quatre types : les toits Rongdol, les toits Khmer, les toits Pet et les toits Kantaing. ils seront présentés un peu plus tard. La maison Khmer est une maison qui "respire". L'air s'introduit dans la maison par le plancher (en passant sous la maison) et sort par le toit. C'est la ventilation verticale. Ensuite, l'air s'introduit par les fenêtres et les portes, c'est la ventilation horizontale. Par conséquent, elle est entièrement ventilée et donc plus fraîche que l'extérieur. 

     Le Cambodge est également un pays aux fortes croyances. Cela va donc se ressentir sur les coutumes, les modes de vie et les méthodes de constructions, d'autant plus que la maison est le coeur de la vie familiale et sociale. Dès l'acquisition du terrain, et avant même le début de la construction, les habitants font une cérémonie pour consulter les dieux et demander leur soutien. Ensuite et à chaque étape de l'élévation, différentes cérémonies ponctuent l'avancé des travaux. Les principaux éléments porteurs sont bénis. D'autre part, on constate que ces croyances sont prioritaire dans la construction au détriment même du confort. Par exemple, l'orientation (fondamental pour le confort thermique) se fait en fonction des croyances quoiqu'il arrive. De même l'aménagement intérieur se fait en fonction des coutumes. Ainsi, pour comprendre l'habitat cambodgien, il faut d'abord cerner sa population et ses us et coutumes.

 

2) L'habitat cambodgien :

La maison traditionnelle cambodgienne est avant tout une maison rurale. Celle-ci s'inscrit dans un environnement où les champs, les animaux et la famille ont chacun leur place. Ainsi on retrouve la majorité du temps, des maisons entourées d'un espace de vie, souvent délimité par des arbres.
Elles sont sur pilotis, caractéristique principale de l'habitat cambodgien et dans la plupart des cas, tropical.

Le second aspect qui caractérise une maison cambodgienne c'est son toit. Comme nous l'avons vu précédemment, on distingue quatre types de toit. Ici, le toit est à quatre pentes deux à deux symétriques, c'est le toit Pet.
Ici la maison Khmer avec un toit Khmer. Celui-ci est à deux pentes avec une petite avancée sur chaque pignon.
Le toit Kantaing, le plus simple des quatre types, mais également le plus paradoxal, puisqu'il va couvrir les plus grandes et les plus petites maisons. Il a uniquement deux pentes, il est donc facile à contruire. Il permet également d'agrandir de manière importante la maison en ajoutant plusieurs toits.
Le toit Rongdol est à trois (comme ici) ou quatre pentes, dont une décroché (ou deux si le toit est à quatre pentes).

Par conséquent, on retrouve dans tout le pays, des maisons ayant des pilotis et des toits comme ceux présentés au-dessus.
Suivant les moyens financiers des habitants, la taille, les matériaux, la hauteur des maisons changent. Ici des palmes de palmiers recouvrent les murs.
Toutefois, la maison cambodgienne évolue et se modernise. Ici par exemple, les toits utilisés exclusivement (auparavant tout du moins) pour les temples se construisent de plus en plus pour des maisons. Leur construction est complexe et coûteuse, elle est réservée à une élite.
Au niveau des techniques, le modernise a également introduit quelques modifications. Les pilotis qui autrefois reposaient sur des pierres reçoivent de plus en plus des plots en béton.
Certains construisent même toute la maison en béton, en conservant malgré tout les pilotis et les toitures traditionnelles.
Les éléments modernes et décoratifs viennent égayer l'ensemble et donner une touche occidentale.

L'image de la maison cambodgienne en bois est très imprégnée dans la culture du pays. Ainsi, certains constructeurs, tout en modernisant les maisons conservent ce matériau qui assure un meilleur confort thermique que le béton.

La partie basse des pilotis est de plus en plus souvent fermée pour gagner de la surface habitable ce qui nuit à la bonne ventilation de la maison. Dès lors, elle perd ces qualités, fondamentales pour le confort thermique.

L'évolution des maisons se voit également à l'intérieur. Les planches de bambous et les espaces entre les lattes disparaissent.

L'air s'introduisait initialement pas le plancher. Hors avec des lattes jointes, cette ventilation n'est plus possible et on constate facilement un écart de température de plusieurs degrés.

(Survolez la photo pour voir la différence).

Comme nous l'avons vu au-dessus, les croyances jouent un rôle important dans les maisons cambodgiennes. Cette croyance se traduit aussi par le choix des couleurs. Tout d'abord (et comme dans certaines régions indiennes), la couleur bleue est souvent utilisée car elle est considiérée comme porte bonheur. Ci-contre, la variété de couleurs utilisées pour la maison est caractérique des cambodgiens musulmans que l'on appelle les chams.
Les croyances dans la constructions sont présentes tout au long de la construction. Au pied du poteau central, des fruits, des fleurs et de l'encens bénissent la construction. On retrouve aussi un drapeau à prière sur la poutre centrale.
En ville, le compartiment chinois fit son apparition au XVIe siècle et on le retrouve dans de nombreux payx d'Asie du Sud-Est. Collés les uns aux autres, ils forment des barres sur plusieurs dizaines de mètres.
Ses dimensions sont généralement 4 mètres de largeur, pour 20 à 25 mètres de longueur. ils sont de 1 à 6 niveaux et abritent souvent plusieurs générations de la même famille. Le rez-de-chaussée sert de boutique et de garage.
Le manque d'argent, l'expansion des villes et l'augmentation du coût des matériaux poussent les nouveaux arrivants urbains vers les banlieues où les constructions de fortune s'entassent.
Les habitants avancent sur les lacs et les mers autant que possible. Les habitations sont précaires et résistent peu à l'épreuve du temps.
En ville, les constructions informelles se développent partout y compris sur les toits des immeubles, comme ici à Phnom Penh. Pour découvrir plus en détail l'habitat informel, rendez-vous sur la page bidonvilles.



3) Les problèmes et les tendances dans l'habitat traditionnel cambodgien :

     Dans l'habitat traditionnel cambodgien, on constate que même si le modernisme et les nouveaux matériaux ont modifié l'habitat, il ne reste pas moins proche de son image. Le béton est utilisé pour renforcer la structure, les différents types de bois apportent plus de confort, etc. mais les cambodgiens ne cherchent pas en priorité à imiter les pays occidentaux. D'ailleurs la plupart des cambodgiens prétendent vouloir (en fonction de leur moyen) habiter une maison traditionnelle cambodgienne.

     Ainsi la maison Khmer a su au fil du temps s'embellir en recevant par exemple la cuisine qui autrefois se trouvait à part, en recevant des balcons, des cloisons, en s'agrandissant également sous plusieurs toits juxtaposés. Mais cette évolution ne s'est pas faite au détriment de son architecture, bien au contraire.

     En revanche et comme cela est présenté dans le chapitre précédent, les zones informelles se développent créant des secteurs de mauvaise urbanisation, des habitations précaires et un accroissement de la mortalité. Si l'image de la maison traditionnelle semble être préservée, il faut à présent réfléchir et trouver de réelles solutions pour lutter contre l'urbanisation sauvage. Un travail lancé depuis plusieurs années par différentes organisations, ainsi que la mairie de Phnom Penh et dont les résultats sont déjà visibles.

 

 

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