L'Habitat en Ethiopie

 

1) Généralités

     L'Ethiopie est un pays principalement montagnard avec une altitude moyenne de plus de 2000 mètres et des plateaux à 3500 mètres d'altitude dans certaines régions du Nord. Le plus haut point d'Ethiopie (le Ras Dashen) culmine à 4620 mètres, cinquième plus haut sommet d'Afrique. Hormis ces régions montagnardes, on trouve aussi en Ethiopie des plaines verdoyantes, de la savane, des forêts et du désert. On peut rappeler aussi que le point le plus bas de la surface de la terre se trouve en Ethiopie, la dépression Danakil. l'Ethiopie est un pays au climat sub-tropical. Il est dominé par une saison sèche et une saison humide laquelle s'étend de juin à septembre, même si la saison sèche reçoit régulièrement de la pluie notamment en mars. Dans le Sud du pays, il y a deux saisons humides, de mars à avril et d'octobre à novembre. Malgré tout on peut considérer que l'Ethiopie est aussi variée climatiquement que géographiquement. La neige est courante par exemple dans la région du lac Tana dans le Nord et les températures atteignent aisément les 50°C à Danakil.

     Si la géographie et le climat de ce pays sont très variés il n'en est pas de même pour l'architecture. En effet les maisons sont généralement soit à base carrée (ou rectangulaire), soit à base circulaire (le plus courant) avec un toit en chaume dans les deux cas. En revanche les matériaux changent d'une région à l'autre. L'aspect vernaculaire (qui utilise les techniques et les matériaux de sa propre région) prend en Ethiopie tout son sens. Dans les régions de haute altitude, les maisons seront construites en pierre, dans les régions plus basses ce sera plutôt la terre, dans les régions boisées le bois sera prédominant mais dans tous les cas l'architecture suivra le même modèle à base circulaire ou à base carrée. On peut schématiser ces caratéristiques par le tableau suivant :

 

 

     Les maisons à base circulaires sont majoritaires car elles sont plus facile à construire et permettent un bon aménagement intérieur. En effet pour soutenir le toit, dans le cas d'une maison à base circulaire, il ne faut qu'un seul poteau disposé au milieu, contrairement aux maisons à base carrées qui nécessitent au minimum trois poteaux. On peut noter que pour les petites maisons carrées, il ne faut qu'un seul poteau, mais la construction du toit reste toujours plus délicate.

     Ensuite, les murs des maisons (je ne prends pas en compte les habitations au-dessus de 2500 mètres) sont généralement faits d'un mélange de bois et de terre , contrairement aux pays arides, notamment ceux déjà visités ce qui est logique étant donné que le bois se trouve plus facilement. Cela permet d'avoir une structure plus robuste et la perte en terme d'isolation thermique n'est pas génante puisque les températures sont raisonables en comparaison avec les pays arides. Les constructions ont donc une première structure en bois, rempli de terre et dans beaucoup de cas recouverte par une couche faite d'un mélange de terre, de paille, d'eau et parfois d'excréments d'animaux. Cette dernière couche permet de protéger les murs des éclaboussures dues à la pluie et solidarise l'ensemble.

     Dans l'extrême Sud du pays, à proximité de la frontière kenyane j'ai rencontré des maisons tout à fait intéressante. Celles-ci étaient à base carrée, en terre et en bois, mais avec un toit fait de terre et d'herbe et légèrement incliné. En réalité dans cette région, il pleut relativement souvent et les températures sont plutôt basse par rapport au reste du pays. Par conséquent la toiture en chaume ne suffit plus pour protéger ses occupants de la pluie et même si celle-ci isole relativement bien du froid, le meilleur compromis reste tout de même la terre, qui je vous rappelle est un excellent isolant pour les chaudes comme pour les basses températures. Ensuite la présence de nombreuses termitières dans cette région a sans doute obligé les habitants à trouver de nouvelles techniques pour isoler le bois. La toiture et les murs en terre assure donc la pérénité des maisons vis-à-vis des termites. Cette technique évite également les infiltrations, protège le bois de la pluie et assure un température confortable dans la maison. Remarquons pour finir que la terre (et l'herbe qui pousse dessus) sont disposés sur une première structure en bois.

     Enfin, tout au long de mon itinéraire en Ethiopie j'ai rencontré un dernier type de maison. Celle-ci se présente sous une forme rectangulaire, faite de bois et de terre et couverte d'une toiture en tôle, le matériau le plus présent dans ce pays après la chaume. Ces habitations sont les constructions modernes des personnes aux moyens limités. Elles se développent dans tout le pays et permettent d'offrir un confort non négligeable.

 

2) L'habitat Ethiopien :

Les maisons sont présentées dans le sens croissant des altitudes. Vous constaterez alors l'évolution suivant le climat et les matériaux disponibles. Cette maison se trouve au Sud de la capitale Addis Ababa à une altitude d'environ 1300 mètres.
Toujours dans la même région, vous pouvez voir que les toitures ont des pentes raisonnables et qu'elles sont de qualité. Les maisons sont assez grandes, d'un diamètre pouvant dépasser les dix mètres.
Nous restons dans la même région avec cette maison. Les murs sont faits de bois et de terre (on peut le voir de chaque côté de la maison).
Le bois qui dépasse au milieu du toit permet de solidariser la toiture en son sommet et de la relier au poteau central.
Un peu plus haut en altitude, environ 1800 mètres, on constate que la végéatation est moins dense, que la maison est plus petite et que son toit est plus incliné.
Toujours à 1800 mètres d'altitude, une maison tout à fait particulière dans la mesure où j'en ai rencontré que très peu. De très petite taille par rapport aux maisons rencontrées dans la région, sa toiture est faite uniquement de bois et très inclinée.
Vers 2000 mètres à présent, voici une maison en construction à base carrée. On remarque également que la végétation est plus rase.
Vers 2200 mètres à présent, une maison en mauvais état mais qui nous permet d'apprécier la structure en bois rempli et recouverte de terre. Le sommet du toit reçoit une espèce de broche qui permet de lier la toiture au poteau central.

Toujours vers 2200 mètres, la pierre commence à faire son apparation.
Même chose que la phot précédente, ici à 2500 mètres.
Nous voici à environ 3000 mètres. Le bois à disparu dans la construction des murs et les maisons à deux étages sont plus courantes.

Le bois est alors utilisé uniquement pour la toiture.
Voici pour continuer une maison à base rectangulaire. C'est une construction récente, le toit en chaume est en parfait état et les murs doivent encore être recouvert de terre. On peut voir au sommet du toit les deux pointes des poteaux. Cette maison est relativement particulière puisqu'on trouve généralement plutôt des maisons (à base carrée) avec soit un poteau soit trois poteaux. On est à une altitude de 1800 mètres.
Comme je vous disais dans le paragraphe précédent, j'ai rencontré dans le Sud de l'Ethiopie des maisons à base carrée couvertes par un toit en terre.
La terre ainsi que l'herbe qui pousse dessus sont posées sur une première structure en bois.
La plupart des maisons que j'ai rencontré avaient des toits non réguliers comme sur cette photo.
La terre constitue un excellent moyen de se protéger du froid dans cette région. Le mélange de terre et d'herbe assure également une bonne isolation vis-àvis de la pluie.
La légère pente de la toiture suffit à évacuer la pluie et permet surtout de construire plus facilement des toitures plus solides.
Voici entre trois maisons traditionnelles, le type de maison semi-moderne que j'ai souvent rencontré. Ici en construction.
Un exemple assez rare d'une construction à deux étages, ces maisons étant plutôt de plain pied.
Plus généralement ces habitations sont construites suivant ce modèle. On peut constater que le bois est omniprésent.
Voici le résultat final.
(Survolez la photo pour voir la structure.)
On peut alors trouver ainsi des quartiers entiers se construire suivant ce modèle.
Vous pouvez voir les similitudes entre une maisons terminée et une maison en construction.
La structure en bois est rempli de terre et recouverte d'un mélange de terre, de paille, d'eau et d'excréments animaliers.
Voici peut-être le futur paysage de l'Ethiopie rurale,
contrairement à l'Ethiopie actuelle, la tôle a remplacé la chaume.



3) Quelques remarques complémentaires :

     Tout d'abord, les maisons que j'ai rencontré dans le Sud m'ont interpellé dans la mesure où elles utilisent des techniques totalement isolées du reste du pays. De plus l'utilisation de la terre et de l'herbe pour la construction du toit est intéressante puisque c'est une technique utilisée dans les pays scandinaves, au climat froid et humide. Retrouver des similitudes dans deux régions du monde, éloignées de 10000 kilomètres et que tout oppose est fascinante.

     Enfin, les constructions récentes en bois, terre et tôle est un excellent compromis (à mon humble avis) entre habitations plus confortables et utilisations des matériaux disponibles. Le coût des constructions est également abordable, ce qui permet à une majorité de la population d'accéder à ce genre de construction. Toutefois l'utilisation de la tôle reste discutable, puisqu'elle n'offre aucunement le même confort que la chaume et transforme radicalement le paysage de ces régions. Mais ce problème est malheureusement présent dans de nombreux pays notamment tropicaux, la tôle étant facile d'utilisation, plus durable et moins coûteuse, des besoins finalement mondiaux.

 

 

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