L’habitat traditionnel en France :

Exemple de la Haute Savoie

 

 

 

 

 

Situation :

Superficie : 4 390 Km².
Altitude moyenne : 1 160 m : un maximum de 4808 m (Mt Blanc) et un minimum de 250 m.
Population : 640 000 habitants.
Préfecture : Annecy.
Sous préfectures : Thônon les Bains, Bonneville, St Julien en Genevois.

            Le tourisme "exotique" est né à Chamonix au 18ème, avec la visite des "glacières". Le thermalisme s'est développé au 19ème avec Evian, La Caille, etc. Aujourd'hui le tourisme d'été et le ski (piste et fond) sont l'occasion de pacifiques invasions. Haut- Savoyards de souche, d'adoption et d'occasion font bon ménage.

 

 Proverbe chinois : « l’intérieur de ta maison t’appartient, mais l’extérieur 

                                                        appartient aux passants. »

 

 

INTRODUCTION

 

La Haute Savoie est un département d’étude complexe car est centre d’échanges migratoire et culturel. En effet il est le lieu de rencontre de 3 pays : la Suisse, l’Italie et bien entendu la France. Cela se traduit par une multitude de signe telle que la diversité de patois, ou encore l’importante variété architecturale d’une vallée sur l’autre.

L’étude de l’habitat traditionnel dans ce département est encore plus complexe puisque suivant les secteurs et les vallées, les caractéristiques architecturales changent, mettant en évidence des matériaux différents, des modes de pose différents, …

A cela s’ajoute les contraintes du territoire montagnard c'est-à-dire le climat (neige, froid, avalanche, gèle, vent, …), mais également l’utilisation primaire des bâtiments servant souvent de fermes et hébergeant plusieurs générations de la même famille. Enfin, l’engouement pour la Haute Savoie a engendré une hausse importante du prix du mètre carré et de l’habitat et une expansion rapide depuis les années 70.

Comme dans toutes régions, l’habitat traditionnel savoyard était élaboré avec les matériaux locaux qui sont, en montagne, la pierre, mais surtout le bois. Toutefois, avec l’évolution des techniques et des méthodes de construction, bons nombres de facteurs sont venus influer l’habitat traditionnel, ce que nous étudierons par la suite.

 

 


Sommaire

 

 

1.   Description de l’habitat traditionnel en Haute Savoie

 

1.1          Les origines de l’architecture traditionnelle

1.2          Description technique de l’habitat 

1.3          L’habitat du Grand Bornand

1.4          L’habitat du Val d’Abondance

1.5          L’habitat dans le beaufort

2.   Les problèmes que rencontre l’habitat savoyard

 

2.1          Les problèmes liés à l’image de l’habitat

2.2          Les problèmes techniques

2.3          Les freins au développement durable

3.   Les solutions qui pourraient être apportées.

 

3.1          La prise de conscience

3.2          Les réponses déjà apportées

3.3          Propositions pour améliorer l’aspect durable de l’habitat

3.4          Proposition d’un projet d’habitat

3.5          Exemples d’initiatives prises pour un développement durable dans l’habitat traditionnel

 


1.   Description de l’habitat traditionnel en Haute Savoie :

 

1.1           Les origines de l’architecture traditionnelle :

 

Avant de chercher à décrire l’habitat traditionnel de la Haute Savoie, il faut d’abord comprendre pourquoi il est fait ainsi. Un habitat, de manière général, est conçu au départ pour lutter contre son climat. Dès lors, on rencontre en montagne toutes les caractéristiques techniques qui ont permis à l’homme de vivre dans un certain confort. Ces caractéristiques sont aujourd’hui devenues des symboles du patrimoine architectural de la région.

Les caractéristiques liées aux régions montagnardes sont par exemple les débords de toits, qui permettent de se protéger de la neige et d’utiliser un espace autour de la maison. Cet espace permettait auparavant de stoker du bois ou du matériel. C’est pourquoi les habitations traditionnelles de montagne ont des toits si larges.

De la même façon, les constructions ont utilisé les pentes à bon escient, par exemple, c’est le pignon qui est en général dans la pente, car cela permettait de charger le foin par l’arrière de la maison, façade nord. De même, l’entrée du chalet se fait par la Nova (façade est). On remarque également que dans les vallées, seul un côté de la montagne est habité, celui qui est le plus éclairé (l’adret). Enfin, le faîtage est dans le sens de la pente.

De plus, la montagne a apporté ces matières premières, comme bien sûr le bois omniprésent dans les constructions, ainsi que la pierre. Le bois a beaucoup d’avantage pour la région : proximité, bonne isolation, plus léger, bon maintien de la neige. Elle n’est donc pas étonnant de le voir dans toutes les constructions de la région.

On distingue en Haute Savoie deux grandes familles d’habitat que l’on pourrait qualifié de traditionnel (je ne prend pas en compte les habitations citadines). Il y a ceux qui étaient initialement des fermes (croquis de gauche ci-dessous), et ceux qui étaient des chalets d’alpages (croquis de droite ci-dessous). La principale différence réside dans la taille, car les fermes étaient de gros volumes et les chalets d’alpages étaient plus petits.

 

Croquis 1[1] : Chalet d’alpage

Croquis 2 : Ferme de gros volume

 

L’habitat de montagne était au départ fonctionnel. Ces formes sont donc simples, de plan rectangulaire, sans décrochement, ni complication de toiture. Il est simplement volumineux (pour les fermes). Celles-ci hébergeaient les chèvres et les moutons, les vaches, le foin et plusieurs générations de la même famille sous le même toit. Il fallait donc que la ferme fasse office d’étable, de grange et d’habitation. La disposition se présente schématiquement de la manière suivante :

 

 

              Sens de la pente

                Croquis 3 : schéma d’aménagement d’une ferme          

                        

Chauffée du dessous, chauffée du côté et isolée du dessus, cette disposition permettait un chauffage optimum de la partie habitée.

Enfin, d’une vallée à l’autre, l’architecture générale de l’habitat change, même si les caractéristiques techniques restent identiques[2].

Dans la suite de mon étude, j’ai choisi de présenter quelques grandes familles d’habitat de la région. Vu la diversité architecturale de la Haute Savoie, il semble évident que je n’ai pas présenté l’ensemble des habitations de la région.

 

1.2           Description technique de l’habitat :

 

a)     L’aspect général de la maison :

 

Comme dit précédemment, les habitations traditionnelles sont des blocs de grand volume, carré et uniforme.

On a un soubassement en maçonnerie qui fait l’ensemble du rez-de-chaussée. Il permet d’avoir une bonne assise de la maison. Il est à noter que recouvrir les murs d’enduit est quelque chose traditionnelle, puisqu’il était mis pour protéger les façades en pierre. Certaines constructions, plutôt rares, été faites sans enduits dans un souci d’économie. Elles correspondaient à des granges ou d’autres bâtisses de ce type. Il est aisé de différencier un mur à enduire d’un mur sans enduit (croquis ci-dessous). Traditionnellement, les murs en maçonnerie étaient épais (0,50 à 0,80 cm).

Les autres niveaux sont fait entièrement fait de bois : une structure porteuse en bois qui descend jusqu’au niveau du sol (photo 1), ainsi que des façades en bois.

 

 

photo 1 : fondation

 

 

Croquis 4[3] : Mur à enduire                                    Croquis 5 : Mur sans enduit

 

b)     Les toitures :

 

La toiture dans l’habitat montagnard est une pièce maîtresse, puisque c’est elle qui fait l’interface entre l’habitation et le milieu extérieur (la pluie, la neige, etc.). Elle ne recouvre pas que la partie habitée[4], elle recouvre aussi l’ensemble des parties utiles (remise de bois, …).

Le faîtage est toujours orienté vers la vallée, les pignons sont donc dans le sens de la pente.

Les toitures sont à deux pans. On rencontre deux types de toitures : les toitures en ancelles[5] et les toitures en tavaillons[6]. Pour la petite histoire, les ancelles proviendraient des parois qu’on équarrissait. Les copeaux de bois étaient alors gardés pour couvrir le toit. La pose du toit se fait du bas vers le faîtage.

Les toitures en ancelles ont des pentes qui n’excèdent pas 25% (puisqu’elles ne sont pas clouées) et sont retenues par des perches et des pierres posées directement sur le toit, comme sur la photo 1. Les toitures en tavaillons peuvent avoir des pentes plus importantes puisqu’elles sont clouées, photo 2. Toutefois, on remarque aujourd’hui que les toitures en ancelles sont de plus en plus clouées, car la garantie décennale et le minimum d’entretien deviennent de plus en plus exigés.

Photo 2 : toiture non clouée

Photo 3 : toiture clouée

Ces toitures demandent un entretien régulier, puisqu’il faut les « brasser[7] » tous les dix ans environ. Ces toitures peuvent avoir une durée de vie qui va jusqu’à 60 ans si elles sont bien mise en place.

Pour être bien mise en place, plusieurs facteurs rentrent en jeu :

-         Le bois qui doit être de bonne qualité.

-         Le format, le mode de pose, l’essence du bois.

-         Le savoir-faire du couvreur.

-         La ventilation du toit.

La ventilation du toit était autrefois assurée par la grange. En effet celle-ci, disposée sous les combles, permettait une bonne circulation de l’air. Aujourd’hui, l’aménagement des combles a engendré la mise en place de normes pour les toits, qui se plient aux normes DTU[8] du « cahier des règles des toitures en montagne ».

          Ces règles de sécurité ont contraint les tavaillonneurs à des modifications dans les techniques de pose. Elles imposent une ventilation entre 8 et 10 cm ainsi qu’un film d’étanchéité (complexe multicouche fait avec des matériaux tels que le bitume armé) pour toutes toitures au-dessus de 900m d’altitude. Il est fixé sur un lattage couvrant les chevrons qui supportent également le litelage et le lattage destinés à recevoir la toiture. C’est sur ces planches que l’on cloue les tavaillons ou les ancelles.

On peut voir sur la photo 4 l’étanchéité et l’espace permettant la ventilation.

 

Photo 4[9] : structure de la toiture

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ensuite, le bois utilisé, contrairement aux idées reçues, n’est pas de la région. Utilisé principalement pour des raisons de coûts, ce bois, le red cedar, vient du Canada. Les toitures en bois de la région sont faite à 95% par ce bois. Pourtant, la Haute Savoie est le premier département en France a produire de l’épicéa : 300 000 m3 / an.

Le red cedar a une durée de vie de 20 à 40 ans, c’est un bois qui n’est pas de la région et un bois déplacé perd de ses performances techniques.

 

1.3           L’habitat du Grand Bornand :

 

photo 5

photo 6

 

photo 7

photo 8

 

On retrouve dans les chalets du Grand Bornand, les principales caractéristiques, c'est-à-dire un soubassement en pierre, deux niveaux en bois dans lesquels il y avait la partie habitable et l’étable (niveau courant) et la grange (les combles). La plupart des toits sont en bois (en red cedar majoritairement). Une des caractéristiques architecturales des chalets du Grand Bornand est le positionnement à l’horizontal de planches au niveau des combles. Il permettait une bonne aération de la grange.

 

photo 9

photo 10

Photo 11

Une autre caractéristique du chalet du Grand Bornand est sa cheminée en bois (environ 1 mètre de hauteur).

 

1.4           L’habitat du Val d’Abondance :

 

Photo 12

Photo 14

Photo 13

Photo 15

 

1.5          L’habitat du Beaufortain :

 

Photo 16

Photo 17

2.   Les problèmes que rencontre l’habitat savoyard :

 

2.1          Les problèmes liés à l’image de l’habitat :

 

a)     Le faux traditionnel :

 

Le premier problème contre lequel il faut lutter en Haute Savoie c’est la vulgarisation de ce qu’est un chalet traditionnel. En effet, l’apparition depuis plus de trente ans des « chalets bois » a considérablement changé le paysage et l’image que pouvaient avoir les gens d’un chalet traditionnel. Ces chalets ne respectent pas les proportions, ni les matériaux (ex : on voit beaucoup de tuiles), encore moins les techniques (même s’ils utilisent du bois celui-ci est verni, colorié).

 

Photo 18 : A proximité du Grand Bornand

Photo 19 : A proximité d’Annecy

      Ces chalets sont entièrement en bois. Il y a une ossature en bois qui repose sur une dalle en béton et sur laquelle est mis des madriers d’environ 30 mm. A l’intérieur, le bois est recouvert d’une isolation puis de planches pour habiller l’intérieur. Certaines constructions n’ont pas d’ossature bois et c’est un madrier d’environ 60 mm qui supporte le poids. Dans ce cas, il a été constaté que le bois se tassait (car il n’était pas totalement sec lors de la construction), ce qui engendrait un affaissement de la maison.

 

Photo 20 : Près de Thônes

Photo 21 : Près d’Annecy

Pourtant ces chalets sont construits en épicéa[10] (comme les chalets traditionnels). Cette différence entre le bois des vieux chalets et le bois de ces chalets naît dès la fabrication du bois. Autrefois, on abattait les arbres uniquement entre novembre et février, à la lune descendante (période où le bois est hors sève), ce qui donné un bois plus robuste et plus résistant aux champignons et aux insectes. De nos jours, pour des raisons de délais et de coûts, on coupe le bois tout au long de l’année. En conséquence, il n’a pas la même apparence et devient de moins bonne qualité. On est donc obligé de le nettoyer, le traiter, ce qui lui donne l’aspect « artificiel » du lambris.

 

Ce type de chalet ne renvoie à aucune image et ne représente aucun symbole.

Il est « sans saveur, ni odeur ».

 

Voici un exemple caractéristique : Un ami est venu de Paris pour passer un week-end dans la région. Nous nous promenions dans la région et regardons les chalets. Je lui demande quels chalets lui plaisaient et lesquels considérait-il comme traditionnels ? Ses exemples furent éloquents : il montra que des « chalets bois ».

Enfin, fort est de constater que ces chalets, dans certains environnements, gâchent l’aspect traditionnel :

 

Photo 22 : A proximité Grand Bornand

Photo 23 : Près d’Abondance

 

b)     Le  mélange architectural :

 

Un autre problème existe, c’est celui du mélange architectural. Comme nous l’avons vu précédemment, un chalet de Grand Bornand n’est pas le même qu’un chalet du Val d’Abondance. Or, on voit dans certaines villes (ou villages) un mélange de plusieurs architectures. L’exemple de Megève parle de lui-même. On y trouve des chalets suisses, des chalets autrichiens, et les chalets traditionnels de la région disparaissent. Il paraît difficile aujourd’hui de définir ce qu’est un chalet traditionnel à Megève. On rencontre également des chalets scandinaves fait en rondins un peu partout dans la région. On peut même trouver des maisons provençales, comme dans la région du Chablais.

L’apparition des « chalets bois » et le mélange de cultures architecturales vont (et ont déjà) dénaturer le paysage et modifier le patrimoine de la région. Cela à pour conséquence de donner une image faussée de la Haute Savoie et de son habitat à toutes personnes étrangères à la région. Cela entraîne également une perte d’identité pour ces habitants. 

 

Photo 24 : A proximité d’Annemasse

 

c)     Le  volume des chalets :

 

Les gros volumes des chalets posent un autre problème, celui de l’utilisation de son espace. Ces chalets ont des tailles souvent supérieures à 400 m² (avec les combles) ce qui engendre un fort coût en cas de restauration et un handicap à l’achat (il va de soi que tout le monde ne peut pas s’offrir une maison de 400 m² et tout le monde n’en a peut être pas l’utilité). Il est également difficile d’entretenir ces chalets. Par exemple, les travaux de brassage ou de restauration d’une toiture bois d’un chalet du Val d’Abondance demande un investissement colossal.

Il semble que les chalets traditionnels ne répondent plus aux besoins actuels. Ainsi, pour permettre au chalet traditionnel savoyard de perdurer, il faut trouver des solutions efficaces qui répondent aux attentes du XXIe siècle.

 

2.2          Les problèmes techniques :

 

a)     Au niveau de la toiture :

 

1.      Généralités :

 

Jusqu’en 1939, 95% des toitures étaient en bois et 5% en ardoise. Le développement du tourisme d’hiver a crée de nouveaux emplois et peu à peu la fabrication des tavaillons s’est réduit. Ainsi, en 1950 il ne restait plus que 50% de toitures en bois.

Depuis, le modernisme a amené sur le marché d’autres produits, plus pratique, plus léger et moins cher. On constate aussi que la vente du bois de pays rapportait plus que son utilisation sur place. Enfin,  les compagnies d’assurance ont pendant longtemps demandé des cotisations énormes pour les toitures en bois.

Toutes ces raisons, ont entraîné une réductions des toitures en bois dans la région.

La toiture est sans doute la partie qui pose le plus de problème, notamment financier puisqu’elle coûte deux fois plus qu’une toiture en tuile. De plus, aujourd’hui le savoir-faire des toitures en bois traditionnel se perd. Il ne reste aujourd’hui que 5 professionnels qui montent des toitures en tavaillons, pour le reste ce sont des retraités.

 

« Les surcoûts actuels liés à la mise en œuvre d’une toiture en bois traditionnelle nous font dire que cette toiture, autrefois celle du pauvre est aujourd’hui celle du riche[11] ».

 

2.      Les normes DTU :

 

Les normes DTU exigent d’avoir une double isolation avec une aération de 8 à 10 cm. Or, cet espace est insuffisant. En effet, on constate un pourrissement prématuré des toitures, certaines ne dépassant pas dix ans.

De plus, la double étanchéité est, au dire de M. Ferry[12], une aberration, puisque la conception d’un toit n’est pas faite à la base pour fuir.

Les normes DTU du « cahier des règles des toitures en montagne » demande donc à être revues.

 

3.      Le bois :

 

La qualité du bois utilisé est aussi un facteur de longévité. Le bois utilisé depuis près de trente ans est le red cedar. Il représente aujourd’hui plus de 95 % des toitures en bois. Sa découpe est industrielle, en conséquence, il est plus rentable de l’importer du Canada, que d’utiliser le bois de la région. Sa durée de vie varie entre 20 à 40 ans. Mais ces performances mécaniques ne sont pas optimales, puisqu’un bois déplacé perd de ses caractéristiques techniques. Le red cedar est un bois qui convient à des climats plus secs et plus froids que ceux que nous connaissons en Haute Savoie. 

La première conséquence de cette perte mécanique est que les planches de bois en red cedar deviennent très cassantes après le premier hiver, ce qui rend impossible toute montée sur le toit. Dès lors le « brassage »  du toit devient également plus difficile et plus coûteux (lorsqu’il est fait). Tous ces paramètres font que la toiture en red cedar a une durée de vie plus courte que le bois de pays.

Aujourd’hui, il est impossible de trouver des personnes posant des toitures en bois de pays. La nécessité de couper le bois à la bonne période, la fabrication encore artisanale[13] des tavaillons et des ancelles et le coût que cela engendre ne rend pas l’opération rentable, bien que des essais est été faits (voir chapitre suivant). 

Finalement, on constate que les toitures ont une durée de vie d’environ 20 ans, ce qui représente trois fois moins que les toitures d’autrefois.

 

4.      Le réaménagement :

 

Construire ou restaurer une maison demande un certain nombre d’aménagements modernes. En ce qui concerne le toit, on a les antennes télé et les paraboles. A cela s’ajoute les velux qui permettent une bonne introduction de la lumière. Bien qu’indispensables ces aménagements peuvent nuire à l’aspect traditionnel de la construction. Il faut donc faire attention au positionnement de ceux-ci.

 

Photo 25 : Près du Plateau des Glières

Photo 26 : Près de Thônes

 

b)     Au niveau des façades :

 

1.      La restauration :

 

Lors de la restauration des façades bons nombres de gens, dans un souci de conservation « de ce qui est traditionnel » vont enlever le crépis des murs. Or cela n’a pas de sens puisque le crépi est une technique traditionnelle permettant de protéger les murs en pierre. Ces murs ne sont pas conçus pour être en pierres apparentes. Les murs en pierres apparentes sont faits de pierre plates, disposés en lits horizontaux comme on a pu le voir dans le chapitre précédent : description technique de l’habitat traditionnel.

Il est clair qu’un manque d’information et de connaissance a donné une image faussée de ce que représente le traditionnel.

 

Photo 26 : Près du Plateau des Glières

Photo 27 : idem

 

2.      Le réaménagement :

 

Pour donner plus de lumière ou pour moderniser l’allure générale d’une maison, les gens rajoutent facilement des fenêtres sur les façades. Elles doivent se faire de la même manière que le reste des ouvertures. Si celles-ci ne respectent pas l’esprit du bâtiment cela peut dégrader l’architecture du bâtiment et détériorer l’image qui s’en dégage. 

On rencontre également des expansions qui ne sont pas faites dans le respect du reste du bâtiment. Cela ne donne pas une impression d’unité, mais plutôt l’impression d’avoir deux maisons côte à côte.

 

Photo 28 : Arêches Beaufort. A noter la différence dans le dessin des deux balcons.

 

Croquis 6

 

 

Voici un croquis représentatif de tous les aménagements qui peuvent être faits. On remarque qu’on a du mal à ressentir l’esprit initial de l’habitation.

Ainsi, il ne faut pas vouloir transformer une modeste ferme de berger en une prétentieuse maison de bourgeois.

 

Croquis 7

Croquis 8

 

3.      Les couleurs :

 

Enfin, les couleurs ont de l’importance. Celles-ci doivent, encore une fois, respecter l’esprit de l’habitation et respecter les couleurs des habitations environnantes, afin d’éviter le désordre architectural.

                               

 

2.3          Les freins au développement durable :

 

a)     Au niveau des entreprises :

 

L’importance de certains matériaux et les retombées financières qu’elles engendrent ont donné un poids non négligeable à certaines entreprises. Il devient donc difficile d’introduire de nouveaux matériaux concurrentiels sur le marché qui pourraient représenter un risque pour les matériaux existants, même si ceux-ci présentent des qualités.

On a à faire au même type de problème avec les énergies. Par exemple, certaines énergies renouvelables pourraient réduire l’utilisation du pétrole, donc réduire sa vente, … De même, l’utilisation de panneaux solaires ne présente aucun intérêt pour certaines entreprises.

Donc, pour faire évoluer l’habitat vers quelque chose de plus écologique, l’impact que cela entraînerait auprès des entreprises se partageant déjà le marché doit être étudiée et des solutions pour faire cohabiter les deux doivent être trouvées.

Enfin, ce sont les entreprises qui proposent les « chalets bois ». Le client n’a malheureusement plus le choix dans l’architecture de sa maison (à moins d’y mettre le prix). Or ce doit être à elles de proposer des maisons qui respectent certaines caractéristiques traditionnelles. Elles ont un rôle fondamental dans la promotion de l’habitation traditionnelle. 

 

b)     Au niveau du grand public :

 

Finalement, c’est peut-être le problème le plus important. En effet, un bon nombre d’enquêtes ont été faites pour connaître l’opinion des gens, en ce qui concerne « la maison ». On constate que la majorité des gens ne s’intéresse qu’au confort (chauffage, électricité, …). Il s’intéresse à ce qui est pratique, utile et ne se soucient pas du reste.

Ensuite, on constate que les gens manque de savoir et d’informations dans le domaine de l’architecture et du patrimoine par un manque de promotions suffisantes. 

Enfin, avec l’évolution des mœurs, l’attente des gens change. Il favorisent l’économie et la facilité et mettent en avant l’aspect fonctionnel de la maison en oubliant son image.

 

3.   Quelles solutions pour améliorer l’habitat traditionnel savoyard :

 

3.1          La prise de conscience :

 

a)     Par les personnes étrangères à la région :

 

Depuis quelques années, la recherche de l’authentique et d’une image, non pas idyllique, mais vrai, nous permet de dire qu’il y a une réelle prise de conscience en ce qui concerne le patrimoine architectural. C’est en quelque sorte devenue un « effet de mode ».

En ce qui concerne le bois et en particulier les toitures en bois, on constate qu’elles sont de plus en plus demandées par les étrangers (à la région) qui veut de cette façon véhiculer différents messages :

Ils veulent avoir une maison qui restitue une image traditionnelle véridique et ancienne, qu’elle mette en valeur le patrimoine, en somme qu’elle s’inscrive dans un logique traditionaliste et culturel.

De plus, la toiture en bois étant relativement coûteuse, elle permet d’afficher un certain niveau de richesse.

Aujourd’hui, la mise en œuvre de toiture en bois est dictée par une volonté esthétique. 

 

b)     Par les locaux :

 

En ce qui concerne les locaux, on remarque qu’ils étaient peu sensible à la question patrimoniale et préféraient le confort et la modernité. Or depuis quelques temps naît également une prise de conscience de l’importance de préserver son patrimoine. Il ne faut pas oublier que jusque dans les années 50, la Haute Savoie était une région pauvre. Avec son développement il semble normal que les populations aient délaisser l’aspect conservateur au profit du modernisme et du confort, préférant par exemple des matériaux peu coûteux et demandant le moins d’entretien possible.

 

c)     Pour un « développement durable » :

 

La recherche de l’écologique, de l’économie existe de plus en plus dans le monde de l’entreprise. Mais, cette recherche existe aussi dans l’habitation. En effet, et bien plus qu’auparavant, les gens sont désireux d’utiliser des énergies plus propres, plus économes, … Beaucoup de choses ont évolué pour diminuer les dépenses énergétiques d’une maison. On remarque aujourd’hui que dans l’électroménager, toutes les machines ont une touche « éco ». On a aussi les chasses d’eau économiseur d’eau. Cela semble anodin, mais ce genre d’option est demandé par le consommateur et instaure une nouvelle culture, celle de l’écologie.

Il en va de même pour le chauffage, l’électricité, …

Ainsi, il semble que les personnes, plus sensibles à ces questions, veulent aussi participer, à leur manière, aux travaux entrepris dans ce sens. On pourrait aussi parler d’un effet de mode.

 

d)     Sensibiliser l’opinion publique :

 

La plupart des gens ne connaissent pas assez le patrimoine architectural notamment à travers l’habitat. Il est primordial qu’il y ait une plus importante publicité autour de l’habitat. Cela ne passe pas forcément pas des campagnes télévisés ou des campagnes qui coûte excessivement chers.

On peut imaginer des affichages aux abords des villes décrivant succinctement l’aspect général de l’habitat traditionnel. Ou encore des affichages tels que les affichages faits pour la préservation de l’environnement comme la photo ci-dessous :

 

Photo 29 : idem

Photo 30 : Panneau à la Tour de Bise (Abondance)

 

Les gens peuvent s’intéresser et sont plus ou moins ouverts. Mais il faut leur amener l’information. De plus, il faut savoir que le patrimoine est un point qui touche l’affectif, donc on peut s’en servir pour sensibiliser les gens.

Nous pouvons alors, avec une bonne promotion, intéresser et sensibiliser les personnes sur le l’habitat traditionnel. C’est pourquoi, il me semble qu’une campagne publicitaire est indispensable.

Toutefois, quelques tentatives ont été faites. Les campagnes de promotion étaient financées par les entreprises. Or ce n’est pas facile de mettre en place ce genre de promotion, car il faut pour cela que les industriels se concertent. Ensuite, chaque entreprise veut défendre son point de vue et mettre en sa stratégie commerciale, qui n’est pas forcément celle de son voisin. Enfin, le coût élevé de ces promotions ne permet pas aux entreprises d’investir, particulièrement dans le contexte actuel et les retombées financières ne sont pas à la hauteur des investissements de départ. En somme, l’intérêt des entreprises à faire la promotion de l’habitat traditionnel a peu d’intérêts.

Ainsi, ce genre de promotion doit être faite financée par les communes, les conseils régionaux ou même l’état.

            Cela pourrait permettre aux gens de reconnaître certains modèles, de les identifier, de leur donner une culture minime de l’architecture traditionnelle d’une région.

 

e)     Mobiliser les gens et les communes :

 

          Comme pour les villages fleuris, on pourrait établir des concours intercommunaux pour inciter les villages à mieux entretenir leur patrimoine. On pourrait également mettre en place des chartes, labels, récompenses (pourquoi pas pécuniaire) ou encore des palmarès. On pourrait pourquoi pas imaginer des concours régionaux ou même nationaux. Imaginez alors, les retombés médiatiques et financiers. Rappelez-vous qu’aujourd’hui le tourisme est un marché porteur, particulièrement en France. Un village qui aurait un label ou une image de « beau » village pourrait voir son tourisme s’accroître. Ainsi cela pourrait être un retour sur investissement non négligeable. Mais pour cela, une campagne de promotion doit être faite.

          On pourrait aussi imaginer de mettre en place des programmes d’intérêt scolaire où des apprentis maçons (ou autres) pourraient dans le cadre scolaire aider des personnes rénovant leur maison.

 

f)       Fiche de conseil :

 

Pour aider les particuliers dans leur choix, que ce soit pour la rénovation ou pour la construction, on pourrait mettre en place une fiche synthétique et simple d’utilisation qui permettrait d’orienter les personnes dans leur choix (voir en annexe un exemple de fiche que j’ai établit). Elle aurait pour but d’amener les gens à se poser des questions, à mieux comprendre l’intérêt du patrimoine, les éclairer sur des aspects qu’ils ne voient pas comme des détails architecturaux ou paysagers.

Ce genre de démarche leur permet de s’intégrer dans le devenir de leur propre projet. Bien orientée, elle pourrait les influencer dans le bon sens.

Pour ce faire, il faudrait que l’étude de cette fiche fasse intervenir des personnes comme des architectes, des paysagistes, mais aussi des constructeurs, des ingénieurs, et d’autres personnes encore, pour quelle soit la plus complète possible.

Pour qu’elle serve efficacement, il faudrait qu’elle soit correctement distribuée (par des notaires, par les communes, …). Elle pourrait pourquoi pas être accompagnée d’un petit descriptif de l’architecture traditionnelle de la commune.

Pour financer cette fiche (bien que çà ne soit pas extrêmement coûteux) cela pourrait venir de la taxe d’habitation ou d’impôts.

Enfin, il faut faire attention que le choix des arguments de cette fiche ne soit pas orienté par les intérêts des entreprises. Elle doit être neutre et ne mettre en avant que l’aspect traditionnel.

 

3.2          Les réponses déjà apportées :

 

a)     L’exemple du Grand Bornand :

 

Comme nous l’avons vu précédemment, la toiture traditionnelle au Grand Bornand est la toiture bois. Ainsi pour permettre de conserver cette caractéristique architecturale, le Grand Bornand et La Clusaz mène des politiques de valorisation des toitures en bois depuis les années 80.

Depuis 1994, la commune a rendu obligatoire la toiture en bois pour toutes nouvelles.

Les toits sont subventionnés à hauteur de :

70 000 € pour la construction neuve

73 000 € pour la rénovation.  

Pour les anciennes fermes une subvention supplémentaire est donné par le conseil général : 5€/m² pour le brassage des ancelles, 10€/m² pour les toits refait avec du bois de pays, 7,6€/m² pour les toits refaits en red cedar.

Le résultat est là puisque les toitures en bois au Grand Bornand et à la Clusaz représente 80 % des toitures.

Le grand Bornand est aujourd’hui un exemple à suivre. Mais sa lutte pour préserver un aspect traditionnel ne doit pas s’arrêter uniquement aux toitures.

 

b)     La consultance architecturale :

 

        Il existe certaines communes (comme dans le pays de la côte) qui font appelle à des organismes spécialisés comme le CAUE pour essayer d’harmoniser l ‘architecture des plusieurs communes.

       Certains particuliers font également appelle à ces organismes pour avoir plus d’informations sur l’architecture.

Le CAUE ainsi que FIB 74 (la filière du bois) sont présentés en annexe.

 

c)     Un chalet au Chinaillon :

 

Le Chinaillon est un lieu-dit au-dessus du Grand Bornand, vers le col de la Colombière.

Ici, j’ai rencontré Christine et Jacques qui rénove un chalet bois, le chalet le plus vieux de toute la région (1688).

 

Photo 31 : Situé entre le Grand Bornand et le Col de la Colombière

Photo 32 : idem

Autrefois, une ferme, ce chalet fût racheté par des sœurs pour servir de dortoir. Abandonné dans un mauvaise état Christine et Jacques le rachetèrent dans le but de le restaurer, mais dans les règles de l’art.

 

Photo 33 

Photo 34 

 

Pour la restauration extérieure, ils remettent des planches de la même teinte que les anciennes planches. Celles-ci respectent l’esprit du bâtiment. « C’est neuf mais traditionnel. »

Pour l’intérieur, ils ont également choisit de l’aménager en conservant l’esprit traditionnel et chaleureux du bois.

 

Photo 35 

Photo 36 

Ensuite, pour le chauffage, ils ont opté pour au chauffage au bois. Au rez-de-chaussée, il y a un poil (neuf) et à l’étage, une cheminée « turbo » qui permet de réguler la température dans la pièce est donc de garder un feu allumer jusqu’à 24h.

 

Photo 37 : Poil servant de chauffage et de cuisinière dans la cuisine

Photo 38 : Cheminée moderne mise dans l’emplacement d’origine 

 

Cette cheminée est une des plus modernes, mais cela ne les a pas empêché de conserver le cachet traditionnel de la pièce.

 

Photo 39 : étage servant anciennement de grange

Photo 40 : Chaînage servant de gouttière. A notre la chaîne qui permet de canaliser l’eau

Enfin, pour être totalement autonomes, ils ont choisit les panneaux solaires comme source électrique et qui seraient posés en contre bas de la maison.

Ils ont calculé qu’entre le chauffage au bois et les panneaux solaires ils auraient suffisamment d’énergie pour bien vivre.

Malheureusement, pour des raisons esthétiques, la commune leur refuse la pose des panneaux solaires. La raison esthétique est certes, une bonne raison, mais l’autonomie et la réduction des dépenses énergétiques est également un poids non négligeable. Christine et Jacques sont actuellement en train de réfléchir à une disposition permettant de mieux cacher les panneaux solaires.

On se rend compte avec cet exemple d’initiative que les panneaux solaires sont encore trop récents dans le marché actuel. Il n’existe pas encore de lois pour la pose des panneaux solaires, ce qui veut dire que légalement Christine et Jacques peuvent mettre leur panneaux solaires.

Il serait grand temps de prendre en compte l’énergie solaire dans la législation française.  

 

d)     Deux autres exemples d’habitations :

Comme on peut le voir, ce chalet (à proximité du Grand Bornand), n’est pas une ancienne ferme. C’est un chalet récent. Mais on peut remarquer que le propriétaire a fait attention aux matériaux qu’il a utilisés. Il s’inscrit parfaitement dans le paysage et ne donne pas une impression des chalets bois. On peut remarquer la cheminée qui respecte le type de cheminée du Grand Bornand.

 

Photo 41 : Près du Grand Bornand

Photo 42 : idem

Voici une petite maison, on pourrait même parler de pavillon, fait dans les règles de l’art. On peut remarquer l’habillage des façades en bois, ainsi que la toiture. Cette maison, bien que n’ayant pas les dimensions des chalets traditionnels, conserve tout de même certains aspects traditionnels. Là encore, l’habitation s’inscrit bien dans le paysage.

 

Photo 43 : Près du Grand Bornand

Photo 44 : idem

Photo 45 : idem

 

e)     Exemple de réhabilitation :

 

Comme nous l’avons vu précédemment, les chalets du Val d’abondance sont faits de gros volumes avec des surfaces pouvant atteindre les 5OO m². Or il est clair qu’aujourd’hui restaurer de tels chalets représente des investissements colossaux pour un particulier qui n’a souvent pas l’utilité de toute la surface. Pourtant, il est important de ne pas perdre ce genre de battisse qui participe à l’image du Val d’Abondance. Voici donc un exemple de réhabilitation rencontré : on voit très clairement sur la photo 47 l’architecture typique du Val d’Abondance. Le résultat final est un hôtel de résidence de vacances.  

Photo 46 : En Val d’Abondance

Photo 47 : Logements de vacances

 

3.3          Propositions pour améliorer l’aspect durable de l’habitat:

 

a)     Les normes DTU :

 

            Pour les raisons que nous avons vu dans le chapitre précédent, les normes DTU sur les toitures en bois doivent être revues :

Tout d’abord, l’espace permettant une aération de la toiture doit clairement être augmenté.

Ensuite, il faudrait mesurer la réelle nécessité de la double isolation, suite à quoi on pourrait envisager de revenir à une isolation simple. Ainsi, les économies faites pourraient permettre de mieux traiter les toitures en bois.

 

b)     L’aménagement des bâtiments :

 

Inciter les particuliers, que ce soit pour la toiture ou pour les façades, à choisir du bois de bonne qualité (de l’épicéa), peut être aussi une solution. Pour cela, il faudrait que les entreprises puissent avoir à leur disposition du bois de pays.

Mais le coût d’une toiture en bois de pays peut être rentabilisée, car comme nous l’avons vu précédemment, une toiture en red cedar vieillit moins bien qu’une toiture en bois naturel. Une toiture en red cedar dure environ deux fois moins qu’une toiture en bois de pays, mais sa pose coûte environ deux fois plus cher. Ce qui revient au même. Le seul problème à résoudre est le coût excessif de la fabrication de tavaillon en bois de pays.

De plus, il existe des techniques pour donner un effet vieillit au bois (par projection de sable, par grattage). Cette technique pourrait aussi être proposée aux particuliers, ce qui permettrait d’avoir des chalets bois avec des aspects traditionnels.

A l’intérieur, l’accent doit être mis sur les énergies favorables à une réduction des dépenses énergétiques. On a par exemple le chauffage par géothermie.   

            Les gens peuvent s’intéresser et sont plus ou moins ouverts. Mais il faut leur amener l’information. De plus, nous pouvons, avec une bonne promotion, faire de l’habitat traditionnel et du patrimoine d’une région, un véritable effet de mode, comme pour le développement durable. C’est pourquoi, il me semble qu’une campagne publicitaire est indispensable.

Toutefois, quelques tentatives ont été faites. Les campagnes de promotion étaient financées par les entreprises. Or ce n’est pas facile de mettre en place ce genre de promotion, car il faut pour cela que les industriels se concertent. Ensuite, chaque entreprise veut défendre son point de vue et mettre en sa stratégie commerciale, qui n’est pas forcément celle de son voisin. Enfin, le coût élevé de ces promotions ne permet pas aux entreprises d’investir, particulièrement dans le contexte actuel et les retombées financières ne sont pas à la hauteur des investissements de départ. En somme, l’intérêt des entreprises à faire la promotion de l’habitat traditionnel a peu d’intérêts.

C’est pourquoi, cette promotion de l’habitat traditionnel doit être faite financée par les communes, les conseils régionaux ou même l’état.

 

3.4          Proposition d’un projet d’habitat :

 

Il semble aujourd’hui totalement utopiste de proposer des solutions qui ne répondent pas aux attentes des consommateurs. Et l’architecture traditionnelle se doit d’évoluer pour cela. Modifier certains aspects paraît donc inévitable, le plus dure reste alors de définir les points importants à conserver et ceux qui devront suivre une évolution.

A mon avis, l’aspect le plus important aujourd’hui est la conservation de l’image qu’impose une construction à chaque région. Je pense que tout doit être mis en œuvre pour que l’identité d’une région ne se perdent pas ou ne se transforme pas.

Mon idée est de proposer des constructions respectant l’architecture traditionnelle, mais à une échelle réduite. Cà n’est certainement pas la meilleure solution, puisqu’elle modifie les dimensions même si les proportions restent identiques aux chalets traditionnels de manière à ce qu’il soit difficile de différencier une habitations traditionnelle d’un chalet refait à une échelle réduite.

L’avantage étant de réintégrer une esthétique plus adaptée et de pouvoir proposer des maisons à un prix abordable, concurrençant les maisons pavillonnaires ou type Bouygues mais d’un aspect résolument traditionnel. 

Ce type d’habitat s’adapterait à chaque région pour ne pas mélanger les genres. Une architecture serait proposée pour la région d’Abondance, une autre pour le Beaufortain, etc.

Pour ce faire je suis parti d’un constat : quels sont les paramètres qui font que mon habitat va être « durable ». Il y a deux aspects :

 

-         l’aspect traditionnel :

o       respecter les couleurs

o       respecter les matériaux

o       respecter les proportions

o       respecter l’image

o       l’aspect technique

o       ne pas mélanger les genres

 

-         l’aspect technique :

o       installer des outils et des systèmes économiseurs d’énergie

o       offrir tout le confort nécessaire.

L’objectif est de rendre accessible une architecture vernaculaire à un grand public.

 

3.5          Exemples d’initiatives prises pour un développement durable dans l’habitat traditionnel : 

 

a)     Jean Marie TROUBAT :

74 310 Les Houches

Tel : 04.50.47.25.70

Bûcheron et professeur de ski. Après avoir regretté de ne disposer que de red cedar pour couvrir son garage, il effectue une tentative en 1998 de se lancer dans une activité complémentaire de fabrication de tavaillon en mélèze ; avec un mécanicien de sa connaissance, il met au point une machine à fendre ; dans ce cadre, il a fabriqué l’équivalent de la couverture d’un toit – celui de son voisin – qu’il n’a pas posé. Opération non rentable à l’époque. Il recouvre actuellement son chalet (red cedar). Il ne renonce pas à l’idée d’une nouvelle tentative.

 

b)     François FERRY :

74230 Manigod

Tel : 04.50.44.96.18

Portable : 06.12.61.13.84

Tavaillonneur, après une formation en ébénisterie et l’exercice en tant que restaurateur puis fabricant de meubles, il s’installe à Manigod ; à partir de son expérience de son propre chalet à couvrir alors qu’il n’y avait que du red cedar sur le marché, conversion dans le tavaillon après une formation auprès des tavaillonneurs Suisses dans les années 90.

Il exerce sur des chantiers à l’échelle nationale (avec une orientation pour les monuments historiques) et a développé une activité de négoce (importation – exportation (Suisse, Autriche, Etats-Unis…) et de conseil formation pour la fabrication et pose des tavaillons).

Il est impliqué dans l’élaboration des règles professionnelles pour le tavaillon en Haute-Savoie. Fabrication et pose (tous bois : épicéa, mélèze, châtaignier, …).

 


CONCLUSION

 

 

Dans une région qui a connu une importante mutation depuis 40 ans, l’habitat traditionnel, autrefois fonctionnel s’est adapté aux besoins d’aujourd’hui. Toutefois, la dimension et l’entretien que demande ce type de bâtisse ont rendu son développement et son maintien assez difficile. Dès lors, depuis près de 30 ans de nouveaux matériaux et de nouvelles architectures se sont développés modifiant profondément l’image traditionnelle des habitations.

 

Mais, depuis quelques années une prise de conscience de la préservation du patrimoine a permis le développement des recherches et l’amélioration des règles de construction. Cette prise de conscience a également été accompagnée par une envie profonde de la part de la population, de retrouver une architecture authentique et véritable de la Haute Savoie.

 

Entre l’avancé du développement durable et l’amélioration des techniques modernes, on voit de plus en plus d’outils efficaces, mis à la disposition de l’habitat. On ne peut alors qu’espérer voir l’évolution de ces techniques et de l’envie de chacun, d’offrir à la région un habitat plus propre et plus proche de son image traditionnelle.


 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

- Enquête patrimoniale et architecturale en Haute-Savoie pour la dynamisation de la filière locale du tavaillon.

Rapport d’étude : Sophie AMOUDRUZ, Architecte, CAUE

Etude ordonnée par la FIB 74 (filière du bois).

 

- Etude des techniques et savoir-faire en Haute Savoie faite dans le cadre de la dynamisation de la filière locale du tavaillon.

Rapport d’étude : Isabelle CHAVANON, Ethnologue

Etude ordonnée par FIB 74.

 

- Patrimoines bâtis et naturels –reconnaître, respecter, réhabiliter, améliorer- Vallée du giffre. CAUE 74.

 

- Patrimoines bâtis et naturels –reconnaître, respecter, réhabiliter, améliorer- Bas Chablais. CAUE 74.

 

Patrimoines bâtis et naturels –reconnaître, respecter, réhabiliter, améliorer- Pays de Gavot. CAUE 74.

 

- Valorisation du patrimoine bâti, pays des Bornes. CAUE 74.

 

- Bâti traditionnel en pays de la Côte. Conservation du caractère / Réhabilitation. CAUE 74.

 

- Guide de la pierre en Haute Savoie. CAUE 74.

 

 

 

 

 



[1] Source : Valorisation du patrimoine, CAUE.

[2] En effet, les gens trouvaient des solutions pour améliorer leur confort sans se soucier des vallées voisines.

[3] Source : Bâti traditionnel en pays de la côte, CAUE.

[4] Vous pourrez le remarquer sur les photos suivantes.

[5] Les ancelles sont des planches en bois, mesurant 80 cm de long sur environ 30 cm de large et simplement posées sur le toit.

[6] Les tavaillons sont des planches en bois mesurant 40 cm de long sur environ15 cm de large et clouées.

[7] Brasser est le terme désignant la technique qui consiste à retourner les planches. On dit également « repasser le toit ».

[8] DTU : Document Technique Unifié

[9] Source : Enquête patrimoniale et architecturale en Haute-Savoie.

[10] On utilise aussi du bois dénommé Douglas, sapin importé des Etats-Unis il y a près de 60 ans et qui aujourd’hui pousse dans la région.

[11] Notes de l’enquête patrimoniale et architecturale en Haute-Savoie pour la dynamisation de la filière locale du tavaillon, FIB.

[12] Une présentation de  M.ferry est faite en troisième partie.

[13] Pour fabriquer des tavaillons, on utilisent les mêmes techniques depuis près de 200 ans. Cette technique est encore connue par quelques retraités mais est amené à disparaître. La coupe du bois n’est pas hasardeuse ce qui ne permet pas l’utilisation des machines.